Etre un Supporter Solidaire

Le monde ne manque pas de beauté. Simplement les nouvelles sombres nous dévorent inexorablement et les occasions de s'enthousiasmer deviennent rares.

Supporters solidaires est né d'un constat : le déficient visuel nous apprend à changer de regard, sur nous même et sur notre environnement.

Encouragements entre deux joueurs

Par sa conduite, son fonctionnement, par sa volonté de nous pousser à réfléchir sur les situations de handicap, il est le premier à s'investir et à se mobiliser dans cette démarche.

L'enthousiasme est un choc, une correspondance brutale entre l'attente intime et l'existence de ce " quelque chose" de réel qui, d'évidence, nous rend meilleur.

J'ai vu jouer des aveugles au football. Par nature ces deux mots s'opposaient. Leurs liens étaient impensables, inimaginables, incongrus.

Enthousiasme, Joie et Bonheur en fin de match

J'imaginais des êtres frêles, les bras tendus, la peur au ventre, hébétées, cherchant un ballon se soustrayant au jeu par un silence répréhensible. J'imaginais une culpabilité envahissante à contempler un spectacle où les acteurs infirmes chuchotaient leurs cris intérieurs de n'être perçu que par leurs handicaps. J'imaginais la satisfaction dans les yeux de leurs éducateurs des progrès laborieux réalisés depuis la dernière sortie. J'imaginais, j'imaginais…

En compétition, la concentration est déjà perçue lors des hymnes

Ce que j'ai vu fut tout autre. Ils sont entrés sur le terrain en se tenant par l'épaule, robustes, musculeux, les yeux cachés par un bandeau. La tête tendue chacun cherchait à situer, à gauche et à droite, la position des partenaires. Les appels étaient secs et brefs, les encouragements déterminés.

Puis le jeu débuta.

Ils courraient, luttaient pour la possession du ballon, chacun se positionnant à sa place. Le jeu parfois rugueux, physique, devenait soudain une chorégraphie virevoltante prenant l'espace de jeu comme une scène. Le ballon traversait le terrain pour se retrouver accompagné vers le but. L'assistance se prenait au jeu. Comme dans tous les stades du monde nous n'étions que des supporters soutenant par la voix et les gestes des hommes courrant derrière un ballon.

J'avais déjà oublié leur empêchement à voir.

Mon enthousiasme intérieur débordait. L'inenvisageable était réalité. Je n'avais plus aucune culpabilité mais un désir énorme à les accompagner plus encore.

Je devenais un supporter solidaire.